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Voyage En Croatie

Palais rajpoute sous le soleil de mousson



Nous avons choisi presque par hasard (et à la dernière minute !) ce voyage au Rajasthan pensant que la mousson faisait fuir les touristes. Voici le récit de ce voyage que nous étions persuadés, nous aussi, de vivre sous des averses perpétuelles....

Après le stress du départ, l’enregistrement interminable des bagages et un vol finalement assez court (7 h 30) nous voici arrivés à Delhi. Bagages récupérés sans encombre, change réglé rapidement et déjà notre guide nous aborde avec ce hochement de tête propre aux indiens et son gentil sourire. A peine sortis de l’aéroport c’est déjà le miracle , il fait beau très beau ! !

Dès le premier jour, un long voyage en bus nous précipite au cœur même du Rajasthan, dans un petit palais transformé en hôtel absolument adorable. Le bloody Mary de bienvenue nous est offert sur la terrasse où la température est idéale, flûtes, danses et guirlandes nous attendent pour cette première nuit aux portes du désert du Taar. Le dîner a lieu dans le jardin et lorsque le groupe électrogène faiblit nous restons sous les étoiles à la seule lueur de la lune…. Notre rêve des "mille et une nuits" débutait...

Sheikawati

Le lendemain matin, il fait déjà très chaud. Dans la petite chambre décorée de peintures et d’arabesques, les pales du ventilateur brassent un air tiède et moite. Ce matin nous visitons la région de Sheikawati, des villages où les murs des maisons (havelis) sont recouverts de peintures relatant la vie locale des riches commerçants qui en étaient propriétaires. Les villages se réveillent, ânes et dromadaires tirent leurs lourdes charges jusqu’à la ville, les femmes balayent devant la porte, les hommes boivent un dernier thé brûlant au coin de la rue. Et puis, plus loin sur les chemins de terre des saris jaunes citron, vert anis, ou groseille s’éloignent lourdement chargés de fagots de bois ou de ballots de fourrage. C’est le désert et la corvée de l’eau, les jarres de cuivre ont des reflets d’or sous le soleil et le pas lent des femmes dans la campagne offre aux voyageurs que nous sommes de vrais instants de bonheur et des clichés superbes.

Bikaner

Puis nous partons vers Bikaner, oasis dans le désert. Seconde nuit, nouveau Palais. Dîner et nuit au Lallgarh Palace, ancien palais d’un Maharaja déchut. Surtout ne pas se perdre pour retrouver l’immense salle à manger ! ! Même les chambres sont démesurées ! Petite entrée, premier bureau, plusieurs portes donnant on ne sait où, gigantesque salle de bain en marbre, cadenas d’époque pour la porte, le tout maquillé d’une petite touche vétuste années 50...

Nous rejoignons la très impressionnante salle à manger pour déguster sous forme de buffet les spécialités de la région raisonnablement épicées pour nos organismes européens. De délicieuses chapaties chaudes accompagnent (pour manger avec les doigts ) des aubergines, des lentilles blondes et un excellent poulet au curry. De curieux petits beignets très sucrés termineront le repas.

Bikaner c’est d’abord le magnifique fort en gré rouge, moucharabieh pour que les favorites puissent voir sans être vues, marbre blanc, mosaïques partout, sur les murs mais aussi au plafond autour des fenêtres qui surplombent toute la province alentours. Les immenses portes d’entrée sont puissamment cloutées pour empêcher les éléphants de les forcer lors des sièges. Toute une époque, toute une histoire. Ca et là, les petites mains rouges sur le mur des saties (jeunes épouses sacrifiées sur le bûcher avec le maharaja lorsqu’il mourrait). Bikaner c’est aussi la vieille ville et une ambiance indescriptible sur son marché coloré, des étoffes beaucoup d’étoffes des femmes en saris multicolores qui, comme partout ailleurs, rêvent d’autres tissus et d’autres couleurs…et puis des fruits des légumes et surtout, partout à notre égard, des sourires, du chahut et beaucoup de gentillesse.

Jailasmer

Départ ce matin très tôt pour Jaisalmer surnommée la cité d’or. 280 km doivent être parcourus et notre bus roule à vive allure se faufilant entre les énormes camions de légumes, de coton et de fuel qui encombrent la route. C’est encore le désert, quelques touffes d’épineux parsèment l’étendue rocailleuse, les vieux Rajpoutes tout habillés de blanc conduisent moutons, chèvres ou chameaux sur les routes mystérieuses du désert pour chercher quelque nourriture, un peu plus loin vers l’horizon s’envolent en quelques bonds de gracieuses gazelles. Enfin nous arrivons à Jaisalmer. Blottie au coeur de ses remparts ocre jaune, la vieille ville a gardé tout son charme... mais le grand réservoir d’eau a perdu de sa superbe depuis que l’eau courante est installée dans la ville. Adieu les processions de femmes aux robes lumineuses qui venaient se ravitailler là chaque matin. Mais au combien d'efforts enfin économisés et quelle bataille gagnée pour le bien-être de tous. La porte en gré, construite par une concubine du Maharaja, se détache sur le bleu du ciel et l’ambiance autour de ce point d’eau est paisible et douce.

C’est avec plaisir que nous arrivons à notre nouvel hôtel après cette longue route et là une nouvelle surprise nous attend : une piscine affleurante dans un jardin intérieur à l’ombre des bougainvilliers et quelques heures pour en profiter ! ! Un délice ! Le dîner, lui aussi, se déroulera au bord de la piscine ce soir là. Un orchestre Rajpoute égrènera pendant ce temps, au son des tambours et de la flûte, quelques notes typiques dans la tiédeur de la nuit.

Le lendemain matin, réveillés un peu tôt par le tintamarre des paons du Palais, mais néanmoins en pleine forme, nous partons à la découverte de la ville. Celle-ci s'étend sous le soleil telle une véritable dentelle de pierre aux couleurs de miel. Balcons, fenêtres, portes, sculptures... chaque détail d'architecture rivalise de grâce. Les ruelles, très animées, sont ponctuées de multiples échoppes : le barbier, le tailleur, le repasseur, le fabricant de bracelets. Sous des parasols décolorés par des années de soleil, des femmes sont assises au creux d’étalages de fruits et de légumes, tâches rouge coquelicot, bleu électrique ou mandarine sur le vert des épinards, des haricots et des courgettes. Et puis bien sûr les vaches, là et partout, que l’on pousse un peu pour garer le scooter, que l’on chasse doucement lorsqu’elles s’enhardissent un peu trop en se servant sur les étals mais qui, la plupart du temps déambulent d’un pas nonchalant dans les rues de la ville.

Un troupeau de chèvres à envahi les abords du petit temple que nous visitons en cette fin d’après midi. En sortant de celui-ci, palabres avec le musicien qui nous avait accueilli au son d’un drôle d’accordéon. Nous l’emmenons avec nous dans le désert pour un "cubalibre de rêve" entre coucher de soleil et clair de lune naissant, un moment magique que nous n’oublierons pas.

Jodpur

Ce matin c’est avec regret que nous quittons Jaisalmer pour continuer notre voyage vers Jodpur, " la ville bleue ". Le fort semble, de loin, beaucoup plus impressionnant que celui de Jaisalmer plus sombre et surtout beaucoup plus haut. Passée la magistrale porte d’entrée, l’ascension commence égayée deci delà par des musiciens aux jolis turbans oranges. Le gré est ajouré, torturé, sculpté aussi finement que l’on pourrait l’imaginer dans de la craie. Une salle expose les sièges qui transportaient les maharajas à dos d’éléphants. Une autre contient les berceaux des princes. Un plafond magnifique, de bois et de feuilles d’or, des mosaïques, des vitraux, des porcelaines et du marbre et aux pieds des remparts, à travers les fenêtres ajourées, la ville presque entièrement peinte d’un joli bleu lavande dominée par le palais du Maharaja actuel, transformé en hôtel.

Tellement attirant ce palais... que nous décidons, mon époux et moi, de nous évader tous les deux en tuc-tuc pour y prendre un dernier verre... chez le Maharaja ! La ville, grouillante quelques heures plus tôt, est déjà endormie. Notre tuc-tuc cahote seul dans les rues et le grand palais se dresse rapidement devant nous. Un coup d’œil sur l’immense salle à manger et nous sommes conduits par un gardien, à l’énorme moustache neigeuse, vers le salon des trophées. Nous laissons sur notre gauche un escalier en marbre blanc où panthères empaillées et têtes de tigres montent la garde de leurs yeux de verres et arrivons dans un grand salon, très confortable, où les murs sont recouverts de photos jaunies témoins des chasses d’un autre siècle. Sur la somptueuse cheminée, deux énormes défenses d’éléphant. Dans un coin, un ours brun et le buste de trois tigres dont les pattes de devant semblent sortir du mur. La tige du lampadaire ? C’est la queue de l’éléphant ! On aime ou on n’aime pas ... d’ailleurs on n’aime vraiment pas, mais que tout cela était impressionnant ! ! (pas tant que la note des cocktails d’ailleurs qui était elle, à couper le souffle). Un autre serviteur, à croire muet, nous reconduit dignement vers la sortie (car nous partions allègrement vers les cuisines ou tout autre chose) et nous retrouvons notre tuc-tuc garé un peu à l’écart du magnifique palais et de ses fastes. La nuit sera courte mais troublées de ces rêves et de ces images d’un autre temps.

Mont Abu

Ce matin réveil 6 h départ 7 h vers le mont Abu. Le paysage change. Des montagnes se découpent à l’horizon avec de gros nuages accrochés à leur cime. La région est verdoyante. Les récoltes sont arrosées, la mousson serait elle plus sévère dans cette partie du pays ? Notre hôtel s’appelle tout simplement The Palace. Il est caché tout au fond d’un jardin, les murs sont léchés par le temps, mais il a tout de même fière allure. Dans une longue et belle salle à manger, le déjeuner y est exquis : petits poivrons farcis, poulet grillé aux épices, courgettes et haricots au curry, le tout servi par une armée de serviteurs stylés qui attendent à votre gauche que vous choisissiez un morceau sur le plat qu’ils vous présentent. Après une promenade digestive jusqu’au lac (sans grand intérêt), nous visitons ce pourquoi nous sommes venus jusqu’ici : un temple Jain de toute beauté. Celui-ci n'est autre qu'une véritable dentelle de pierre composant une tonnelle d’accès au temple intérieur. Voûtes ajourées, sculptées, creusées, stalactites sculptés par l’homme et recouverts de danseuses, d’animaux, de visages fins comme de la porcelaine... 2700 ouvriers pendant 14 ans s’y sont abîmés. Ils ont réalisé un chef d’œuvre. Alors que nous sommes encore à l'intérieur du site, des trombes d’eau dégringolent l’escalier de pierre qui mène au dernier temple et le transformèrent en cascade. Nous pataugeons allègrement sur le marbre glissant. C’est l’orage de la fin d’après midi, la mousson tant attendue en Inde mais qui nous surprend, nous touristes, plutôt désagréablement. Cela prend vite des airs d’inondations et ne semble pas vouloir s’arrêter. Pourtant moins d’une demie heure après, le soleil brille à nouveau, les ruisseaux se tarissent et tout le monde repart comme si rien n’était arrivé.

Udaipur

Le rythme du voyage demeure assez soutenu. Départ tôt le matin vers Udaipur " la cité des princes du soleil ". Nous croisons de magnifiques troupeaux de zébus, dromadaires, chèvres et moutons. Pas très loin de notre route, une famille de bergers a installé son campement. Les femmes, accroupies devant des marmites posées sur un feu de fortune, préparent les yaourts et le lait épais du petit déjeuner. Les hommes s’occupent déjà des animaux, coiffés de turbans cramoisis, cyclamen ou orange vif. La journée débute à peine, les images sont sublimes. Arrêt à Ranakpur pour visiter un très grand temple Jain immense, vraiment, mais plus austère que celui du Mont Abu. Subitement, c’est la prière. Un tintement de cloche et des chants sourds s’élèvent dans l’ombre du temple intérieur, des pétales de rose odorants s’envolent vers le Dieu. Un moment d’intense ferveur envahit même les spectateurs que nous sommes.

Notre déjeuner sera partagé par les gentils écureuils de Corée effrontés petits chapardeurs vifs comme l’éclair et nous arrivons à l’extraordinaire forteresse fantôme de Khumnargarh. C’est la muraille de Chine de l’Inde ! Construite au 15e siècle contre l’envahisseur musulman, elle est magistrale dans une nature calme et reposante. Elle surplombe la vallée somptueuse et immense et court à perte de vue sur l’horizon. Nous sommes seuls sur les remparts balayés par le souffle tiède du vent. Les créneaux, les tours, les portes, se détachent sur le bleu du ciel de cette fin d’après midi. Une jeep nous attend pour nous descendre jusqu’au village où nous retrouvons notre bus. Ce soir il est très tard lorsque nous arrivons à Udaipur, juste le temps d’apercevoir quelques lumières près du lac avant d’arriver à notre hôtel qui fait partie de la chaîne Oberoï, l’une des plus luxueuse en Inde. Cependant, le charme de nos palais n’y est pas et nous regrettons nos étapes précédentes.

C’est sous un ciel de plomb que nous prenons le chemin du City Palace. Nous y parcourons les jardins des dames d’honneur de la Reine, découvrons d’exquises miniatures, mais aussi les armes du Maharaja et la chambre d’une princesse très belle pour laquelle deux puissants rois se sont fait la guerre. Devant tant de carnage dont elle était l’objet, celle-ci s’est donné la mort dans cette petite chambre où, par respect pour sa mémoire, seuls les regards sont permis…Nous prolongeons cette fin d’après midi par une très agréable promenade sur le lac, à bord d'un bateau. Les aigles plongent du haut des tours du palais, les aigrettes s’envolent sur notre passage, la lumière est argentée, l’eau a des reflets d’acier. Le coucher de soleil a malheureusement laissé sa place à un ciel gris de mousson. Le bateau accoste aux pied d’un château où un thé parfumé nous est servi : tasses de fine porcelaine, petites cuillères en argent. Les propriétaires de ce château détiennent une incroyable galerie de cristal : trône en cristal de bohème et coussins de velours, lit à baldaquin en cristal, table, vaisselle, fontaine, collection qui n’a jamais servi car le propriétaire est mort en la recevant d’Angleterre et ses héritiers ont longtemps pensé qu’elle portait malheur.

L’apothéose de la collection c’est un tapis incrusté de pierres précieuses, entièrement tissé de fils d’or, grappes de raisin en rubis, perles, émeraudes, lapis lazuli, cornaline, évalué à 7 millions de francs lourds en 1959. Il nous laisse sans voix.

La salle à manger du dîner de ce soir est digne du site : très grande, des têtes d’élans, de tigres et de rhinocéros sont accrochées aux murs. De lourds chandeliers d’argent diffusent une lumière dorée sur la grande nappe blanche. Les couverts portent le sceau de la famille royale. Le thé est servi dans un salon privé où le fils du Maharaja lui-même vient nous souhaiter la bienvenue. Pas de bijoux ni de turban, un beau jeune homme d’une trentaine d’année est devant nous, avec sur ses talons, un jeune dogue allemand. Chemise blanche ouverte et jean, souriant et détendu (beaucoup plus que nous) il nous apprend qu'il se rend parfois en Angleterre pour un match de criquet ou de polo. S'il a tout de même gardé la fière allure de ses ancêtres, il est aujourd'hui très occupé par le marketing de son Palais Hôtel... Un Maharadja 2000 !

Déogard

Continuité dans les enchantements de ce voyage : notre hôtel est à nouveau un château de conte de fées. Tambours et musiciens nous accueillent et lorsque nous franchissons les marches du Palais des pétales de fleurs tombent en pluie d’un balcon supérieur.

Aujourd’hui nous sommes " libres ". Après une grasse matinée bien méritée (interrompue par les oiseaux et les chuchotements des perruches vertes qui envahissent le jardin), nous partons pour une promenade bucolique sur le lac encore presque à sec à cette époque de l’année. Autour des points d’eau les premiers oiseaux migrateurs sont arrivés : cigognes et spatules, aigrettes et hérons. C’est à pied que nous les approchons. Une maison sur la rive est mangée par les nids de centaines d’hirondelles. Près du palais d’été, un ânon tête sa mère et un troupeau de buffles voisine avec des pic bœufs couleur vanille. Nous remontons tranquillement par le village où le temps semble s’être arrêté. Le tailleur est dans la rue, la repasseuse armée d’un énorme fer rempli de charbons incandescents travaille dans le soleil et puis partout des enfants rieurs, des enfants curieux vis à vis des étrangers que nous sommes. Nos échanges sont très gestuels, car dans ce village éloigné de l’Inde, personne ne parle vraiment Anglais. Nous passons un moment délicieux au milieu des d’hommes au visage burinés par le soleil et aux grosses moustaches blanches, des femmes drapées dans des saris presque phosphorescents, des charrettes croulant sous leur chargement, cahotant sur les pavés inégaux de la rue. Nous repassons la lourde porte de notre château d’un jour pour déjeuner et quelques heures au bord d’une piscine aux allures mauresques couverte d’une mosaïque bleue turquoise, en forme de lotus, avant de partir en camion pour une promenade dans la campagne, conduits par le roi de Déogarh lui-même et ses deux fils. La traversée du village suscite chez nous une émotion intense, les habitants saluent respectueusement sur notre passage celui qu’ils considèrent encore comme le seigneur du pays. Les véhicules stoppent près d’un lac où nichent les plus grandes grues du monde. Un feu est rapidement organisé par le personnel du château qui nous a accompagnés. Il permettra de confectionner les beignets de pois chiches et le thé chaud que nous dégusterons sous un ciel menaçant de l’orage tant attendu. C’est avec plaisir que nous aurions prolongé de quelque jours cette escale à Déogarh, mais une dernière nuit derrière les verrous de notre chambre de harem et tôt le matin les fils du roi nous font leurs adieux, l’un en moto l’autre à cheval, jeunes hommes de notre temps extrêmement sympathiques, passionnés de technique, de hifi et de vidéo.

Jaipur

Et c’est Jaipur la ville rose. Remparts de gré, maisons peintes, rues animées, les traverser tient du miracle ! De temps en temps, un sari s’y aventure, évité habilement par les pousse-pousse, ânes, scooters et voitures. Le brouhaha est à son comble, les klaxons s’en donnent à cœur joie. Les vendeurs de beignets, flûtes et tissus, fruits, légumes et marionnettes, acheteuses fiévreuses, singes chapardeurs et mendiants se partagent équitablement les trottoirs où il est quasi impossible de se frayer un chemin. Après l’étape reposante des deux précédents jours cette arrivée nous donne le tournis. Il fait chaud, très chaud, une vapeur humide monte du sol et exhale les odeurs. C’est avec soulagement que nous passons les portes du palais.

L’arrivée au Raj Palace est somptueuse, il faut dire que c’est notre dernier palais. Nous quittons le Rajasthan à la fin de cette étape et pour la dernière fois les tambours, les fleurs, la traversée du grand parc sous un dais de soie rouge et or et l’arrivée dans une suite de princesse. Le lustre de la chambre est en cristal bleu nuit, une antilope veille sur le lit de 3 m x 2 m sur lequel il faut sauter pour s’y coucher tant il est haut. Les lampes de chevet sont des casques en cote de maille et des lances sont accrochées au mur. Une petite fontaine rafraîchit le patio intérieur sur lequel donnent nos fenêtres. Apaisés du tumulte extérieur, rafraîchis par une douche délicieuse, détendus dans nos peignoirs de bain en éponge mousseuse nous ressentons déjà la nostalgie de la fin. La fin d’une vie qui fut la nôtre, pour un peu plus de deux semaines et qui ne le sera plus jamais après, la fin d’un rêve… C’est la gorge serrée qu’il nous faudra tourner la page.

Mais pour l’heure ou plus exactement pour demain matin c’est le fort d’Amber qui nous attend avec son ascension à dos d’éléphants. Ils sont déjà là, se balançant lentement sur le bord de la route, au rythme de leur lourde démarche feutrée. C’est un vrai chahut que d’installer tout le monde sur ces montures inhabituelles et puis la troupe s’ébranle au pas lent des éléphants imperturbables. Le nôtre, plus jeune, semble pressé d’arriver au sommet pour redescendre et recommencer.

Arrivés les premiers, nous pouvons à loisirs profiter du magnifique spectacle de ces énormes bêtes gravissant la pente abrupte du fort rouge. Le soleil joue avec les petits miroirs cousus sur les vêtements des pachydermes, les créneaux et les tours du fort d’Amber se découpent sur le bleu profond du ciel. Il y a encore de la magie ici. Il y en a aussi dans cette petite chambre d’hiver recouverte d’éclats de miroirs étincelant de mille feux sous la lumière tremblante des bougies. Les portes sont ornées de paons bleus et verts recouverts d’émail et de mosaïque. Au détour d’une ouverture apparaît le jardin des concubines, petit ,bien rangé, isolé et triste au centre d’un lac.

Les gardiens du palais se prêtent volontiers au jeu des photos, robe et turbans blancs babouches rouges et grosses moustaches relevées ils semblent avoir vu le temps s’écouler sur ces remparts. Avant de redescendre en jeep, c’est la récréation avec les macaques du lieu, pas sauvages et coquins, très à l’aise sur les marches que nous descendons, ils nous observent, se trémoussent. Un bébé se restaure dans les bras de sa mère, deux autres épuisés par la chaleur accablante, ont les bras ballants sur la rembarde d’un balcon. Un dernier regard sur le palais des vents, drôle de construction vide, façade rose se dressant en pleine ville, constituée de multiples niches, moucharabieh et fenêtres masquées afin de permettre aux femmes du harem d’assister aux cérémonies sans être vues… Et nous partons pour Agra.

Agra

Agra c’est la ville du Taj Mahal, monument le plus visité du pays. Un coup d’œil sur le ciel et c’est la grimace. Le Taj Mahal est en marbre blanc et le ciel est gris ce matin là, adieu le reflet parfait dans la pièce d’eau ! Une courte promenade dans un parc, dont les sagoutiers géants feraient pâlir de jalousie celui qui s’étiole depuis quelques années dans mon salon, et nous arrivons aux pieds de l'une des superbes portes menant au tombeau. Car le Taj Mahal est un tombeau construit par un roi Moghol pour le repos éternel de son épouse favorite dont la mort le laissa inconsolable.

Passée la porte c’est le saisissement, il se dresse majestueux dans la pureté de ses lignes, dans la pâleur du matin blême, il est saisissant de fragilité et d’exactitude. Les murs du tombeau intérieur sont incrustés de tourmaline de nacre, d’améthyste et de lapis-lazuli . Une foule silencieuse se presse sur ce lieu mythique érigé par amour. Des générations et d’autres après elles connaîtront cet hymne à l’amour d’un prince pour une femme au travers de ce monument de marbre blanc.

Miracle ! En sortant du tombeau, le soleil est monté à l’horizon et dans l’eau l’image pâle du Taj Mahal se reflète…

Nous quittons Agra en train ce soir là pour rejoindre rapidement Delhi. Il fait très beau sur cette capitale moderne et propre aux larges avenues verdoyantes. Le fort rouge, encore dans l’ombre à ce moment de la journée, entoure la vieille ville. Nous visitons la grande mosquée presque déserte ce matin là et un autre moment d’émotion nous envahit devant le Raj Ghat, lieu où fut incinéré Gandhi. Une foule recueillie et reconnaissante se presse en silence en hommage à ce libérateur toujours présent dans les mémoires.

Voilà, c’est la fin du voyage ! ! Mon récit est trop long, je sais... mais comment racourcir la beauté ? Le bonheur ? Je vous souhaite sincèrement de partager, un jour, d'aussi beaux moments de découverte...



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