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Venezuela, au cœur des contrastes…



Des Testigos, premières îles au large où les tortues viennent pondre, à la touristique île de Margarita, en passant par l’incroyable Golf de Cariaco jusqu’aux montagnes des Andes et la ville de Mérida, nous vous proposons une promenade dans ce pays magnifique, en bateau, en bus et à pied.


Venezuela, pays de contrastes où mer, forêt vierge, désert, marécage et montagnes s’enchaînent sur le fil du paysage. Venez, le pays où la bière et l’essence sont les moins chers du monde !
Nous y sommes arrivés début juillet 2003 et nous avons tout entendu, les histoires de pirates attaquant les voiliers, la corruption partout présente, l’instabilité politique, le référendum imminent qui détrônerait bien Chavez et laisserait la porte ouverte à on ne sait pas qui. Il est difficile de se faire une opinion réelle de la situation dans un pays où toute l’information est détenue par quelques puissants de l’opposition. Nous nous contenterons donc de parler de ce qu’on a vu.

Grenade-Les Testigos.

Nous quittons les Caraïbes, et Grenade, dans notre sillage, brille une bonne partie de la nuit avant de disparaître enfin. Le lendemain matin, nous sommes tout émus de toucher les Testigos, premières îles de l’Amérique du sud où nous n’avons jamais mis les pieds. Nous avons hâte aussi de marcher sur un continent car depuis le Maroc, il y a un an, nous n’avons connu que des îles ! La forêt vierge de Grenade fait place aux cactus, les chèvres courent en liberté et les pêcheurs, tranquilles, nous offrent du poisson. Nous leur donnons en échange du lait en poudre et des cigarettes. Comme sur beaucoup d’îles, le problème majeur reste la gestion de l’eau. Ici le dessalinisateur n’existe pas et chaque maison est équipée d’un réservoir pour l’eau de pluie. Il ne pleut pas souvent, les îles trop basses n’arrêtent pas les nuages. Sur Testigos Grande, le phare s’allume à la tombée de la nuit et les pêcheurs nous entourent au mouillage. La plupart dort à la belle étoile dans des barques, alors que de l’autre côté, au vent de l’île, les tortues Luth profitent de l’obscurité et de l’absence des oiseaux pour pesamment gagner les dunes et y pondre leurs œufs. Nous découvrons des traces fraîches d’1,80 m d’envergure et des éclats d’œufs. Combien atteindront la mer et combien l’âge adulte ?
Des bois flottés, polis par la mer et le vent, blanchis par le soleil, bois d’élans, cornes de gazelles, chimères ou sirènes, sont posés sur le sable d’une main artistique. Une ballade jusqu’au phare qui domine l’archipel, nous fait sentir, face à la nudité du paysage à quel point nous sommes isolés, sur cette terre oubliée, ballottée par l’océan. Il n’y a pas de route, pas de voiture, pas de magasin, pas même un bar ! Le mouillage rouleur précipite un peu notre départ. Nous quittons les Testigos le 3 juillet à l’aube. Le ciel est chargé de nuages noirs annonciateurs d’une onde tropicale, et parcouru d’un rose orangé mouillé sur les îles. En fait la visibilité est excellente et nous apercevons nettement la péninsule d’Arraya et bientôt Margarita, ses collines désertes et ses buildings côtiers. Contraste saisissant après la paix des Testigos. Nous sommes contents de retrouver le fourmillement d’une ville, après plusieurs mois d’îles quasi désertes ! Des milliers de pélicans survolent la baie à l’affût des sardines grouillantes dans les filets et se laissent tomber dans un gros plouf ! pour les attraper. Nous sommes une cinquantaine au mouillage et face à un pays instable, inflation élevée, possibilité de référendum, vol et piratage de voiliers, les gens se parlent et s’interrogent sur la suite du programme, cherchent d’autres bateaux pour ne pas naviguer seuls. La zone la plus dangereuse se trouve le long de la péninsule de Paria et d’ Arraya. Des bandes armées attaquent les voiliers et les dépouillent. Les vols les plus fréquents sont néanmoins, les vols d’annexe et de moteurs. Il faut donc tout ranger pour la nuit. Nous écoutons les histoires des uns et des autres en essayant de faire la part entre psychose et réalité.
Au Venezuela, le parcours classique en bateau est de sauter d’îles en îles, de la la Blanquilla à Tortuga en passant par les Roques ou les Aves, toutes sauvages, paradisiaques pour la plongée sous-marine, aux fonds remplis de coraux et de poissons multicolores. Pour notre part, nous décidons de snober les îles pour aller plutôt vers le continent, réputé plus dangereux. Mais nous verrons bien.
Nous partons néanmoins avec un autre bateau d’amis pour plus de sécurité vers Cubagua, une petite île à quelques miles de Margarita. Deux maisons de pêcheurs sont habitées à l’année et pas plus de vingt cinq personnes. Des enfants accourent avec des grands sourires et des tee shirts tous crasseux pour nous demander du chocolat que nous n’avons pas. Encore une île désertique où cactus et buissons se battent sous un soleil brûlant. Des maisons sont abandonnées ou à moitié construites. Ici, commencement et fin se confondent, à l’image des ruines qui dessinent encore sur le sable, les fondations d’un village, sur la côte au vent. C’est Cadix, le premier lieu d’implantation des colons de toute l’Amérique du Sud. Un lieu chargé d’histoires dont il reste les pierres, le vent, les milliers de coquilles d’huîtres perlières, broyées par la mer et dont la nacre renvoie le soleil sous l’aboiement des chiens errants. Après quatre siècles d’exploitation des fonds et des indiens qui vivaient avant l’arrivée de l’homme blanc, le terrain appauvri est laissé à l’abandon. L’encadrement planté sur la plage d’une porte disparue, reste, comme un dernier regard vers la mer, l’horizon, l’avenir. Nous quittons Cubagua avec un goût un peu amer dans la bouche et nous gagnons la ville de Cumana, à l’entrée du Golf de Cariaco où nous faisons enfin nos premiers pas sur le continent. Cumana n’est pas une ville touristique et dans ce sens plus authentique que Porlamar. Un marché immense, coloré, bruyant où tout se trouve, ouvre ses portes tous les matins. La ville n’a pas grand intérêt. Les magasins s’alignent les uns derrière les autres, les petits stands, les vendeurs d’arépas (galettes de maïs qui constituent la base de tout repas), les vendeurs à la criée. La musique est partout et c’est au rythme du merengue et de la salsa que nous déambulons, pour revenir au port complètement épuisés. Les transports en commun au Venezuela sont très bon marché, le prix d’un litre d’essence en France correspond à un plein ici, et surtout ils sont nombreux, s’arrêtent à un simple signe de la main. Il y a les bus traditionnels, des vans plus petits, des taxis collectifs, des taxis individuels, et de vieilles voitures américaines dans des états indescriptibles qui ronronnent, crachotent et avancent toujours.

Le golf de Cariaco…

A deux heures de navigation de la bruyante Cumana, s’ouvre un lieu magique, Laguna Grande au cœur du Golf de Cariaco, qui s’étend sur plus de trente miles. Le vent souffle sur les montagnes, siffle sur l’eau plate de Laguna Grande. Le soleil se couche et la terre ocre n’a déjà plus sa teinte chaude des derniers rayons. Des touffes de mangrove parsèment le paysage d’une aridité solitaire. Les pélicans survolent l’eau, rasent la surface lisse à peine ridée par les rafales. La terre est déchiquetée, sauvage. Il se dégage une grande solitude qui est juste suffisamment inquiétante pour être grandiose. Nous retenons notre souffle alors que le soleil se cache et que le vent tombe. Reste le silence. C’est le mouillage le plus égaré que nous ayons connu. Chaque montagne est gravée par l’érosion, par des rivières asséchées qui ressemblent davantage, vu de loin, à d’immenses arbres qui plongent dans la mer. L’eau est noire et profonde comme un lac de haute montagne. Nous entendons au loin les sabots de chèvres sauvages crisser sur la terre. Le cri d’un oiseau déchire le silence et puis plus rien, la nuit déjà.
Il nous faut quelques jours pour nous habituer au paysage beau et ingrat. Laguna Grande déploie des dizaines de bras de mer, enroulés d’un ruban de mangrove et offre des dizaines de mouillages. Quelques pêcheurs viennent en barque ramasser des coquillages. Nous n’avons eu aucun problème de sécurité, ni de vol, et nous sommes bien contents de ne pas voir écoutés tous les racontars. Nous partons pour le parc national de Mochima, beaucoup plus vert et après tant d’aridité, cela nous fait du bien aux yeux. C’est un lieu touristique et les lanchas parcourent le plan d’eau dans tous les sens pour amener les visiteurs sur les plages. Les bateaux de voyage sont peu nombreux, le coin étant réputé, encore une fois, dangereux. Les gens sont sympathiques et accueillants. Nous poursuivons notre chemin vers Puerto la Cruz, où nous comptons caréner le bateau et effectuer divers travaux après un an de voyage. Sur la route, nous nous arrêtons aux îles Caracas del Este où nous nous émerveillons de la couleur de l’eau, transparente sur plus de dix mètres. Des coraux très sains bordent la rive, des coraux cerveaux énormes, des anémones mauve, jaune, verte s’ouvrent et se ferment au rythme du courant et une ribambelle de poissons multicolores nous entourent.
A l’approche de Puerto la Cruz, nous croisons des pétroliers, des cargos et l’eau s’assombrit. Nous nous amarrons à la marina Americo Vespuchio, la moins chère des Caraïbes. Beaucoup de bateaux français sont là, bricolent, peignent, poncent. C’est la route obligée pour ceux qui attendent la fin de la saison des cyclones, pour ceux qui continuent vers la Colombie et Panama. L’ambiance est à l’apéro, aux discussions animées sur les aventures de chacun. La chaleur est terrible. Nous travaillons ardemment dans l’espoir de partir dans les terres, de laisser le bateau et la mer pour la montagne, les Andes, Merida.

Voyage au pied des Andes…

Dans le terminal des bus de Puerto la Cruz, des hommes postés devant leurs agences respectives, crient le nom au départ de toutes les villes du Venezuela : Canaima, Merida, Puerto Ordaz, Barquisimeto. A l’est, l’Orénoque, la forêt vierge, les villages d’indiens éparpillés sur les rives du fleuve. Au sud est, Grande Sabana et ses chercheurs de pierres précieuses où les tepuys s’arrachent du paysage en plateaux féeriques. A l’ouest et au sud s’étendent les llanos, marécages, lieu d’élevage intensif, hacienda aux territoires gigantesques. Au-delà à l’ouest, s’élèvent les premiers pics de la cordillère des Andes.
A peine dans le bus pour Barquisimeto, nous sortons les pulls et le sac de couchage, car on nous a prévenus, il fait 18°, la climatisation souffle fort. Nous avançons de stations routières en contrôles routiers. A Barquisimeto, il est deux heures du matin, nous sautons dans un autre bus pour Barinas et au matin, nous entamons un dernier voyage vers Merida dans un bus rempli d’étudiants. Nous quittons les Llanos pour grimper dans les crissements de pneu et un embrayage hoquetant vers les premières montagnes. La végétation ici est mélangée, bananiers, palmiers, forêt de moyenne montagne. A plus de 3000 mètres, le bus s’arrête devant un refuge et nous retrouvons l’ambiance de la montagne, les lourdes tables en bois, une nourriture fraîche et saine, la tête de vache empaillée au dessus de la cheminée. C’est avec délice que nous enfilons les pulls et que nous buvons un chocolat chaud. Le col est dans la brume, le lichen court ras sur les pierres et de gros chiens poilus en bonne santé gambadent librement. Enfin du frais, de l’air frais dans nos poumons !! Nous réalisons aussi combien sont bonnes les saisons sous nos latitudes et combien la chaleur toute l’année peut devenir pénible, au risque de choquer certains. Mérida enfin apparaît, juchée sur un plateau, bordée par deux rivières en contre bas et dominée par les montagnes de la Sierra Nevada d’un côté et de la Sierra Culata de l’autre.
Pour trouver une posada bon marché, il faut grimper dans la ville et sortir un peu du centre (qui reste à 5mn à pied). Là, pour 10.000 bolos (soit 4 euro), nous avons une chambre propre, et à partager, une cuisine, une terrasse, deux salle de bain avec eau chaude ! Notre dernière douche chaude remonte à la Martinique, il y a plus de six mois !! La ville se partage entre étudiants et touristes, peu nombreux en cette période de crise. Le plus grand téléférique du monde part du centre pour monter jusqu’au Pic Bolivar à 5007 mètres. Toutes les activités sportives de la montagne sont présentes : escalade, parapente, VTT, etc. L’atmosphère est jeune et détendue et toutes les rues perpendiculaires les unes aux autres sont bien pratiques pour se repérer. Ne pas manquer la glacerie Coromoto qui propose le plus grand nombre de parfums au monde, plus de 800 en tout, avec des saveurs étonnantes telles que morue, carne y queso, tomate, date, etc.
A partir de Merida, plusieurs itinéraires sont possibles. On peut partir vers les villages du sud, dans un paysage plutôt aride à travers le Parc National de la Sierra Nevada. Des villages comme Acequias ou San Jose ont su garder au mieux une belle architecture coloniale. L’autre itinéraire consiste à suivre « La Transandina », la route des sommets, qui passe notamment par Tabay, Mucuruba, Mucuchies, Apartaderos dans une région de production agricole et où la nature luxuriante promet des promenade inoubliables. Cette région plus touristique est aussi un peu plus chère. Pour notre part, nous décidons de partir vers Los Nevados, de l’autre côté du Pic Bolivar !

Il est 6 heures quand le réveil sonne et nous l’attendions d’un sommeil léger. Pour se rendre a Los Nevados, on peut emprunter le téléférique jusqu’à la station Loma Redonda à 4000 m et continuer à pied ou à dos de mule, sur 15 km de descente jusqu’au village. On peut aussi partir de Merida pour quatre heures de jeep (attention au vertige !), et revenir en téléférique après une nuit à Los Nevados. Le mieux est de se lever tôt et de marcher le matin pour une bonne visibilité et pour éviter la pluie qui survient l’après-midi.
Le téléférique s’élève, rasant les arbres d’un côté, dévoilant des pentes vertigineuses de l’autre. Le ciel est très pur et nous contemplons l’arrivée du soleil sur les montagnes, effaçant les ombres, poussant les couleurs à se réveiller . A chaque passage de pylône, notre petite boite se balance d’avant en arrière avant de retrouver son équilibre et de poursuivre sa route vers le ciel. Il est 9 heures quand nous prenons le sentier, très clair, il suffit de suivre les crottes des mules !! En cette fin de saison des pluies, la montagne entière « travaille ». Des sources jaillissent sous nos pieds, des rivières et des cascades dévalent sur les pierres, entre les arbustes et les fleurs, mouillent le lichen jaune et vert pour rebondir plus loin, plus bas, et arroser les champs de maïs et de blé. Au bout de cinq heures de descente, nous avons les jambes en compote, et nous découvrons enfin Los Nevados dont on nous a tant parlé. Ici, pour 8000 bolos (soit 3 euro), on a une chambre, le petit déjeuner et le repas du soir. A toute heure du jour et de la nuit, descendent des hommes, des femmes, vers le village alors que d’autres remontent inlassablement vers des maisons plus éloignées. Les champs très en pente sont cultivés à la charrue, tirée par deux taureaux. Nous assistons, impressionnés, à ce travail très physique et au dressage de jeunes bêtes. L’homme guide d’une main la charrue et de l’autre pique le flanc d’un des deux taureaux en prononçant sans cesse des « ksss, aya aya !!» Ici, les gens disent que les mules sont les 4x4 et les taureaux, les tracteurs ! Nous rencontrons de jeunes professeurs qui travaillent pour Chavez au fameux plan d’alphabétisation. Les cours durent deux mois et nous ne savons que penser. Le principe nous semble bon mais deux mois, pour apprendre à lire c’est court, sachant que les bénéficiaires sont des personnes âgées pour la plupart. Manipulation ou réelle volonté de donner du pouvoir au peuple ? C’est une question que nous nous posons souvent.
Nous avons passé en tout un mois dans la région de Merida et nous avons été enchanté, par les paysages contrastés, par la gentillesse des gens, par le climat doux et sain. C’est l’endroit le plus sûr du Venezuela et le moins cher. Les déplacements comme partout, sont nombreux et les lieux d’hébergement également. A présent il nous faut penser à rentrer à Puerto la Cruz où notre voilier nous attend pour de nouvelles aventures. Mais nous avons bien souvent penser le troquer contre une petite maison dans les Andes…Heureusement que les bateaux n’ont pas d’oreilles !


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