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Voyage Népal

La nuit des tortues Luth



Avoir là, soudain en face de soi une apparition aussi imprévisible qu’imposante, c’est une émotion que l’on ne s’invente pas. Voilà le temps fort que nous avons rapporté du Gabon un soir de la fin du mois de décembre alors que nous avions décidé une sortie nocturne le long des plages de la Pointe Denis entre la " Barre " (gigantesque rouleau marin marquant la jetée du fleuve Komo dans l’Océan Atlantique) et le phare de " Gombé ".

Ekwata, il est 22 heures environ, inspirés par le clair de lune (et une lampe électrique, on ne sait jamais !) nous marchons depuis longtemps déjà sur une étroite plage de sable blanc ponctuée de nids de tortues marqués de piquets de bois par les pêcheurs après les avoir dépouillés (les œufs sont comestibles et se vendent bien sur le marché !).

Nous ne comptons plus ces piquets et pourtant c’est à chaque fois un peu plus d’espoir qui nous anime. Sur notre gauche l’Océan ne cesse de recouvrir les crabes présents pour le bain de minuit, sur notre droite on devine la lisière d’une étouffante forêt équatoriale bordée d’une petite savane. Quelques mots nous viennent pour se donner la consigne de courir dans l’eau (sans même savoir pourquoi...) en cas de problème. Nous avons cette étrange sensation que désormais la nature décide pour nous.

Effectivement, soudain, devant nous, une lourde trace se dessine (genre chenillette), celle d’une tortue Luth ! Généralement connue pour faire ses pontes sur les côtes sablonneuses de Guyane et du Gabon, la tortue luth a la particularité d’avoir une carapace sans écaille recouverte d’une épaisse peau lisse ainsi que 4 nageoires. Quand on connaît son poids (600 à 800 Kg adulte) et sa capacité à se déplacer sur le sable on imagine un peu mieux la terrible épreuve qu’elle doit endurer pour atteindre la partie la plus haute de la plage.



Nous ne voulons pas l'effrayer pour ne pas l'interrompre mais nous ne lui semblons pas étrangers. Nous la trouvons en train de creuser à l’aide de ses nageoires inférieures 1 premier nid par 60 cm de fond environ (car il lui arrive d’en faire plusieurs à la suite pour brouiller les pistes !) et y déposer rapidement ses œufs qui sortent un à un de son abdomen grâce à des apnées alternées de profonds soufflements. Elle semble épuisée, assoiffée et laisse apparaître sur la partie postérieure de sa carapace une large cicatrice (un varan vraisemblablement car il ne faut pas oublier qu’ils restent aux aguets pour un délicieux festin d’œufs frais !).

Très vite les soins s’organisent, je me procure une bouteille pour lui verser de l’eau sur la tête, tente de dégager le sable qu’elle amasse autour d’elle, tandis qu’une photo reste à prendre dans des conditions d’éclairage un peu précaires. Mais à quoi bon, notre nouvelle amie ne nous a pas attendus pour donner la vie à des milliers de petites tortues, bien loin d'être au bout de leur peine ! C’est Philippe (un ami expatrié spécialiste de la faune gabonaise) qui n’en revient toujours pas, il prétend que tous ceux qui ont cherché à les voir se sont cassés le nez.

Sur le chemin du retour après de long adieux, 3 pêcheurs nous ont demandés si par hasard, d’où nous venions, des tortues n’avaient pas fait leur ponte...


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